
Le 15 février 2026, le président nigérien Abderrahmane Tiani a été accueilli à Alger par son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. Cette visite intervenait dans un contexte de fortes tensions diplomatiques, consécutives notamment à l’incident du drone malien abattu à la frontière algéro-malienne en avril 2024. L’épisode avait provoqué une dégradation notable des relations entre Alger et Bamako et plus largement avec les Etats de l’AES qui a donné lieu à des échanges acerbes entre eux suivis du rappel des ambassadeurs et la fermeture de l’espace aérien entre l’Algérie et le Mali.
Cette visite a permis d’aborder plusieurs points importants concernant les deux pays et la région. Parmi les principaux dossiers, y figurent le projet du gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, la coopération militaire au Sahel ainsi que les investissements dans le secteur pétrolier au nord du Niger. Pour rappel, le Niger figure en 2021 à la dernière place mondiale du classement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), selon l’Indice de développement humain (IDH) malgré les nombreuses richesses dont il dispose comme l’or, le pétrole et l’uranium.
L’uranium du Niger pillé par la France
Le Niger, ancienne colonie française, figure parmi les pays disposant des plus importantes réserves d’uranium au monde. Après son indépendance en 1960, l’exploitation de cette ressource a été assurée par la France, à la suite d’un accord conclu en 1968 entre le président nigérien de l’époque, Hamani Diori, et le président français Charles de Gaulle, en vue d’exploiter les gisements d’uranium de la région d’Arlit.
Cet accord a conduit à la création d’une société mixte, la SOMAÏR (Société des Mines de l’Aïr). Le groupe français Orano (anciennement Areva) détenait environ 63,4 % du capital de la société, tandis que l’État du Niger, à travers son opérateur minier public SOPAMIN, en détenait environ 36,6 %. En contrepartie de ce partenariat, la France s’engageait à apporter des investissements importants, un appui au développement, un transfert de technologie ainsi que la formation du personnel nigérien. Ces belles paroles sont restées évidemment des vœux pieux.

En 2023, le général Abdourahamane Tiani accède au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en surfant sur la colère légitime des nigériens contre le pillage de leurs ressources par la France, dans un contexte marqué par une recomposition des équilibres géopolitiques au Sahel et par l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES). Depuis, les relations entre la France et le Niger n’ont cessé de se dégrader, notamment après avoir chassé les forces françaises déployées dans la région dans le cadre de l’Opération Barkhane et leur remplacement par des forces Russe. (Lire l’article : https://hadaraina.com/2025/12/31/le-sahel-en-proie-aux-interventions-imperialistes-et-au-peril-terroriste/)
Cette détérioration s’est accentuée avec la suspension des partenariats miniers avec Orano, à la suite de la nationalisation des mines d’uranium en juin 2025. Le groupe Orano a souvent fait l’objet de critiques liées au partage inégal des bénéfices économiques, au non-respect des normes environnementales (déchets radioactifs abandonnés) ainsi qu’à l’impact limité de l’exploitation minière sur le développement des infrastructures. Il est devenu de plus en plus insupportable pour les 70% de nigériens de vivre sans électricité alors que leur pays dispose des grandes réserves d’uranium.
La France a réagi en engageant plusieurs procédures d’arbitrage international et en exerçant des pressions afin d’entraver l’acheminement de l’uranium nigérien, à travers le corridor logistique reliant le Niger au port de Cotonou (Benin) qui constitue l’une des voies essentielles pour l’exportation et l’approvisionnement du pays.
Récemment, dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, l’aéroport international de Niamey, qui abrite également une base aérienne ainsi que des installations militaires, a été la cible d’une attaque armée revendiquée par l’État islamique au Sahel. Dans une interview accordée à la télévision nigérienne, le président Abdourahamane Tiani a accusé la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire d’être des « sponsors » indirects de l’assaut.
Dans ce contexte de tensions diplomatiques avec la France, le Niger s’oriente progressivement vers une diversification de ses partenariats stratégiques. Les autorités nigériennes cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des anciens accords et à établir de nouvelles alliances susceptibles de renforcer la souveraineté économique du pays. Cette réorientation concerne plusieurs secteurs clés, notamment celui de l’énergie pétrolière, perçu comme un levier majeur de croissance et de recettes budgétaires. En misant sur l’exploitation de nouveaux blocs pétroliers, le développement d’infrastructures énergétiques et la coopération avec de nouveaux partenaires régionaux, Niamey entend consolider ses capacités économiques et élargir ses sources de financement.
Niamey–Alger : une réconciliation sur fond de coopération énergétique et sécuritaire
La visite d’Abdourahamane Tiani à Alger s’inscrit dans une volonté de renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays. Cette rencontre s’est conclue par la signature de plusieurs accords de coopération dans des secteurs clés. Parmi lesquels le projet d’exploitation des gisements pétroliers du bloc de Kafra, situé à Agadez, dans le nord du Niger, assorti de garanties en matière de formation du personnel local dans le secteur pétrolier. Cette approche contraste avec le partenariat contracté avec la Chine qui s’est contenté d’exploiter les gisements sans former le personnel nigérien sur place ni opérer un transfert de technologie
Les deux parties ont également évoqué la construction d’un port sec, la réalisation d’une ligne ferroviaire reliant les deux pays, ainsi que le développement de la route transsaharienne traversant le Niger sachant que les deux pays partagent près de 950 Km de frontière commune.
Ces projets visent à renforcer la circulation des personnes et marchandises dans le cadre du libre-échange et à offrir au Niger un débouchée stratégique sur la Méditerranée via l’Algérie. L’objectif est de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des ports de Lomé (Togo) et de Cotonou (Benin), qui constituent actuellement ses principales voies d’accès au commerce international.
À cela s’ajoutent des projets portant sur la création de centres de soins et de centres de formation dans plusieurs domaines, notamment la santé, l’enseignement universitaire et la formation militaire, dans l’objectif de renforcer les capacités locales et de soutenir le développement socio-économique du pays.
Une coopération militaire entre les deux pays a également été évoquée afin de lutter contre l’insécurité qui prévaut au Sahel, notamment face à la menace des groupes djihadistes actifs dans les zones frontalières. Néanmoins la stabilisation de la situation sécuritaire, notamment face à la menace des groupes armés au Sahel, ne peut être envisagée uniquement sous l’angle militaire. Une amélioration réelle des conditions de vie des populations demeure essentielle pour réduire les facteurs de vulnérabilité pouvant alimenter le recrutement des groupes djihadistes, souvent favorisé par des besoins matériels et l’absence de perspectives économiques.
Par ailleurs, le projet phare de cette rencontre demeure la réalisation d’un gazoduc destiné à acheminer le gaz depuis le Nigeria vers l’Algérie, en passant par le Niger, avant son exportation vers les marchés européens. Ce projet pourrait également offrir au Niger des retombées énergétiques significatives, en lui garantissant un approvisionnement en énergie fossile susceptible de renforcer sa production nationale d’électricité et d’améliorer l’accès des populations à l’électricité, à condition que le projet soit conçu et mis en œuvre dans cette perspective.
Au-delà des considérations géopolitiques et des intérêts économiques qui peuvent structurer les relations entre Alger et Niamey, l’avenir de ce partenariat dépendra avant tout de sa capacité à se traduire en bénéfices concrets pour les populations. Le succès de cette coopération ne pourra être réellement mesuré qu’à travers l’amélioration des conditions de vie, l’accès à l’énergie, le développement des infrastructures sociales et la création d’opportunités économiques durables pour les citoyens des deux pays.
L’Afrique regorge de richesses considérables, dont l’exploitation doit servir prioritairement les populations locales afin de les sortir de la misère et du sous-développement. Pour y parvenir, il est impératif de rompre avec une logique extractiviste qui ne profite qu’aux multinationales et à leurs relais locaux.
Karim . Z

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