Après huit semaines de bombardements israélo-américains contre l’Iran, un cessez-le-feu de deux semaines a été conclu le 8 avril à Islamabad entre émissaires iraniens et américains. L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, l’arrêt des bombardements et la reprise des négociations dès vendredi, sur la base d’un programme en dix points proposé par l’Iran et accepté par les États-Unis.
Il est encore tôt pour parler de fin de conflit ou de désigner un vainqueur. Toutefois, le recul américain apparaît clairement : Washington est passé d’une rhétorique de « changement de régime » et de « destruction des capacités nucléaires » à une logique de négociation avec ce même régime. Ce repositionnement semble moins relever d’un choix tactique que d’une contrainte imposée par la résistance iranienne qui a su exploiter tous les leviers de pression contre les USA et ses alliés.

Le détroit d’Ormuz, levier stratégique

Face à un rapport de force défavorable et à une guerre asymétrique, l’Iran a rapidement adapté sa stratégie. Incapable de rivaliser dans les airs, il a ciblé les points faibles de ses adversaires.
Le blocage du détroit d’Ormuz a constitué un levier central, provoquant une hausse mondiale des prix du pétrole, du gaz et de nombreux produits. Cette pression a fragilisé les économies dépendantes de ces importations, entraînant pénuries et inflation.
Les tentatives de déblocage ont échoué, notamment en raison de la configuration géographique et du déploiement militaire iranien. Les assureurs se sont retirés et aucun État n’a voulu prendre le risque d’une escalade. L’Iran a même tiré parti de la situation en autorisant certains passages contre rémunération et en vendant ses ressources pétrolières et gazières à prix élevé.
Ainsi, d’une position initialement défensive, Téhéran a su transformer le contrôle du détroit en avantage stratégique, perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Pression sur les alliés des États-Unis

L’Iran a également élargi le conflit en ciblant les bases militaires américaines dans les monarchies du Golfe. Une partie des infrastructures militaires (radars, équipements) a été neutralisée, et des installations pétrolières et gazières ont été touchées en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Koweït.
Cette capacité de nuisance, combinée à la résilience face aux bombardements, a contribué à rééquilibrer le rapport de force et à pousser Washington à négocier. Les menaces de Donald Trump, notamment de « renvoyer l’Iran à l’âge de pierre », n’ont pas produit l’effet de sidération attendu : la mobilisation iranienne s’est maintenue.

Une trêve fragile

Ce cessez-le-feu offre un répit à la population iranienne et la perspective d’un retour temporaire à une vie plus normale. Mais la situation reste précaire.
Pour rappel, les bombardements américains avaient débuté le 28 février alors même que des négociations étaient en cours à Oman. Par ailleurs, les objectifs stratégiques — notamment le contrôle des ressources énergétiques iraniennes et l’endiguement de la Chine — demeurent inchangés. Rien n’indique que les États-Unis ou Israël renonceront durablement à leurs ambitions dans la région. D’autant plus que la volonté de vassaliser l’Iran ne date pas d’aujourd’hui. De même pour Israël qui aspire à l’effondrement de l’État iranien pour régner en maître dans toute la région et poursuivre sans difficulté sa politique coloniale et expansionniste. D’ailleurs, juste après l’annonce du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, Israël a lancé de très importantes frappes aériennes au Liban, notamment à Beyrouth et dans le sud. D’après certaines sources, ces bombardements ont fait des centaines de morts.

Quelle est notre position ?

Dans ce conflit, opposant l’impérialisme américain et israélien à l’Iran, il s’agit de s’opposer à l’impérialisme et de soutenir toute dynamique qui lui résiste. Nous souhaitons la défaite des États-Unis, d’Israël et la victoire de l’Iran, qu’il soit une démocratie ou une dictature. Ceci dit, il est aussi utile de regarder de près quel type de programme est mis en avant par le régime iranien qui tient tête à l’invasion américaine. Un programme qui ne rompt aucunement avec l’impérialisme. Malgré sa capacité de résistance, celui-ci ne propose pas d’autres perspectives en dehors du système capitaliste dominant. Au contraire, il cherche à s’y intégrer en tant qu’acteur capitaliste, prêt à participer au marché mondial et à défendre ses intérêts. Il a déjà démontré sa volonté de maintenir l’ordre social, y compris face aux mobilisations populaires en usant de la répression la plus féroce.
Dans ce contexte, les travailleurs ont intérêt à combattre l’impérialisme tout en développant une position indépendante et plus radicale que celle portée par les autorités iraniennes. Ils ont la force du nombre, l’arme redoutable de la grève et la capacité d’entraîner tous les travailleurs de la région pour balayer l’impérialisme de toute la région et en finir avec tous les régimes vassaux. Si les autorités iraniennes ont pu bloquer le détroit d’Ormuz et perturber le marché mondial, les travailleurs peuvent faire arrêter toute la machine économique et paralyser les ports dans toute la région, à condition qu’ils reprennent confiance et prennent conscience de leur immense force et de leur rôle indispensable dans le fonctionnement de la société.

Karim Hamel

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