Le Maghreb qui englobe les cinq pays d’Afrique du Nord, du Maroc et de la Mauritanie à la Libye, en passant par l’Algérie et la Tunisie, se définit en opposition au Machrek (le levant). Cette distinction dépasse la géographie et reflète aussi des trajectoires politiques différentes : contrairement au Moyen-Orient, marqué par des conflits impérialistes récurrents et la fragmentation des États, le Maghreb a jusqu’ici été relativement épargné. Après les indépendances, la région est restée à des degrés différents sous l’influence de la France, avant de voir émerger d’autres puissances concurrentes.

Fin du privilège de la zone d’influence exclusive 

L’impérialisme français a enregistré plusieurs défaites ces dernières années dans la région. Contraint d’abandonner ses bases militaires dans les pays du sahel, il a aussi perdu de sa présence économique au Maghreb bousculé par de nouvelles puissances. L’Italie, la Chine, la Turquie ont fait leur entrée au Maghreb, elles ont acquis des investissements, développé des partenariats commerciaux importants. La France a perdu sa place de premier partenaire commercial supplantée par l’Italie et la Chine. L’armement du Maroc provient des Etats Unis, il a aussi scellé un accord de défense avec Israel tandis que l’Algérie s’en approvisionne auprès de la Russie. En Libye, ce sont les milices russes, turcs et les financements émiratis qui pèsent sur sa situation interne. Face à cette situation de recul doublée d’une percée de la Chine et de la Russie, les Etats-Unis ont ressenti l’urgence d’intervenir dans cette région pour contrer l’influence de ses principaux rivaux russes et surtout chinois.

La rivalité Chine-USA s’étend désormais au Maghreb

Si les États-Unis étaient déjà présents économiquement, notamment dans le secteur pétrolier, leur objectif est désormais d’y renforcer leur influence politique. Ils ont dessaisi l’ONU et la France du dossier du Sahara occidental pour imposer leur agenda et leurs rounds de négociations. Le but affiché est clair : imposer « un plan de paix » favorable au Maroc en contrepartie d’un accès aux richesses du sous-sol et aux minerais rares. Comme ils l’ont fait en RD Congo et veulent le faire en Ukraine.  Le 4 février 2026, ils signent avec le Maroc un protocole d’accord pour la coopération et l’investissement dans l’exploration et l’extraction de minéraux critiques. L’accord en question mentionne explicitement les ressources minérales offshore au large du Sahara Occidental. 

Cet objectif, les USA l’ont énoncé clairement dans leur dernier rapport faisant office de doctrine américaine en matière de politique étrangères. En effet, dans la dernière partie consacrée à l’Afrique, ils y affichent sans fard leur intérêt pour les richesses minières et gazières de la région : « Le développement des technologies soutenues par les Etats-Unis dans les domaines de l’énergie nucléaire, du gaz, du pétrole et du gaz naturel liquéfié peut générer des profits pour les entreprises américaines et nous aider dans la concurrence pour les minerais essentiels et d’autres ressources ». 

Cette course aux terres rares vise à combler leur retard face à la Chine, largement dominante en terres rares, indispensables aux technologies de pointe comme l’IA. Elle éclaire aussi l’intérêt porté par Trump au Groenland et, plus largement, la volonté américaine de contrôler les ressources énergétiques pour freiner l’influence chinoise. Le contrôle du pétrole du Venenzuela et la tentative de mettre la main sur les richesses iraniennes s’inscrivent aussi dans cette stratégie de contrôler le robinet qui approvisionne la Chine afin de l’affaiblir. 

Une rivalité au fort potentiel de déstabilisation

La rivalité entre la Chine et les États-Unis au Maghreb ne peut atteindre l’intensité observée au Moyen-Orient ou dans l’Indo-Pacifique. Ni l’Algérie ni la Libye ne constituent, pour la Chine, des fournisseurs majeurs de pétrole ou de gaz comme peuvent l’être l’Iran ou le Venezuela. Toutefois, sa présence dans plusieurs secteurs, notamment le gaz de schiste au sud de l’Algérie encore en phase expérimentale, ainsi que l’extraction du fer et du phosphate suffit à inquiéter une Amérique en perte d’hégémonie. Cette situation façonne la nouvelle stratégie américaine, qui cherche à imposer sa propre solution à la question sahraouie, au risque d’aggraver les tensions entre le Maroc et l’Algérie. Le Front Polisario avait accepté les négociations, mais refuse le plan d’autonomie marocain soutenu par les États-Unis. Les méthodes brutales de Trump suscitent des craintes, mais ne peuvent résoudre de manière injuste une question coloniale en un instant.

La pression qu’il exerce et la crainte qu’il inspire se reflètent dans les positions officielles de l’Algérie et de la Tunisie, qui ont modéré leurs discours en évitant de critiquer les actions américaines en Palestine, au Venezuela ou en Iran. Elle se manifeste également à travers de nouvelles législations favorables aux multinationales encadrant l’exploitation des ressources minières et pétrolières en Algérie et en Libye. Les travailleurs et les peuples de la région ne peuvent rester passifs face au pillage de leurs richesses par la Chine ou les États-Unis, facilité par leurs gouvernements. Ils constituent le seul rempart contre ce pillage impérialiste et les conflits qu’il engendre.

Karim Hamel

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