À l’invitation de Said Sayoud, ministre de l’Intérieur, des Transports et des Collectivités locales, Laurent Nunez, son homologue français, a effectué une visite de deux jours à Alger (lundi 17 et mardi 18 février). Les échanges avaient porté essentiellement sur des questions d’ordre sécuritaire et sur la nécessité de reprendre la coopération complètement suspendue depuis plusieurs mois. Une visite en contexte de crise diplomatique.

Longtemps annoncée puis ajournée, cette visite intervient dans un climat de tension entre les deux Etats. Leurs ambassadeurs respectifs ont été retirés, les échanges sécuritaires arrêtés et la virulence verbale a supplanté le langage policé de la diplomatie. La crise actuelle rentre dans sa deuxième année consécutive. Un cycle de crise ouvert par l’alignement de Macron sur le plan colonial marocain dans le dossier sahraoui et accentué par les multiples provocations de l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau porté par une sphère médiatique hostile à l’immigration et à l’Algérie. Celui-ci a fait de l’Algérie un thème de politique intérieure française en multipliant les discours menaçants et les tentatives d’expulsion des immigrés algériens en dehors de toute procédure légale. Des tentatives qui ont achoppé sur la fermeté des autorités algériennes qui avaient rejeté toutes ses expulsions et ont appliqué le principe de réciprocité face à toute mesure contraignante prise par le quai d’Orsay. Cela a alimenté un discours nationaliste défensif mais chauvin qui a envenimé davantage les relations et impacté même la sphère économique. Pour ne citer que ces deux exemples : l’Algérie a exclu de ses appels d’offres internationaux pour l’achat de blé les fournisseurs français, de son côté la France avait pesé au sein de l’UE pour restreindre les quotas d’exportation de l’acier algérien vers le marché européen.
L’ampleur de cette crise dont on n’a dépeint que quelques aspects montre l’ampleur des défis à relever pour la surmonter. Et ce n’est sûrement pas le satisfecit affiché par Laurent Nunez qui s’est félicité des échanges avec son homologue Sayoud et le président Tebboune, qui lui avait accordé une audience, qui va la résoudre. D’où la nécessité de prendre les déclarations sur la promesse d’une « coopération sécuritaire de haut niveau » avec beaucoup de prudence.
Désescalade ?
S’il est vrai qu’une seule visite ne peut à elle seule suffire pour désamorcer cette crise, il n’en demeure pas moins qu’elle participe d’une volonté de désescalade qui pourrait ouvrir la voie à un retour à une relation plus normale et apaisée. D’autant plus que certains facteurs peuvent pousser dans ce sens.
Le début de la crise remonte à la position de Macron sur le Sahara occidental. Actuellement la France a perdu la main sur ce dossier en faveur des USA qui conduisent les négociations entre le front Polisario et le Maroc incluant l’Algérie et la Mauritanie comme observateurs. De ce fait l’Algérie ne perçoit plus la position française comme étant décisive. Un autre facteur important est la volonté du patronat français de renouer le dialogue pour sauvegarder sa part sur le marché algérien qu’elle voit se rétrécir de plus en plus. Cette pression du patronat a été relayée par Ségolène Royale, reçue il y a peu par Tebboune. Enfin le style Laurent Nunez usant d’un ton serein qui tranche avec l’agressivité de son prédécesseur aide à installer un climat de dialogue.
Les citoyens des deux pays n’ont pas à payer le prix
On ne peut savoir sur quoi vont déboucher ces rencontres mais une chose est sûre : la situation des citoyens des deux pays est fortement impactée par la dégradation du climat entre les deux États. La suspicion et l’entrave à la circulation ont bloqué plusieurs citoyens empêchés de rejoindre leurs familles ou amis de l’autre côté de la Méditerranée. Un diplomate algérien croupit encore en prison en France sur la base de simples soupçons et un journaliste sportif français est emprisonné en Algérie. Ces citoyens ou fonctionnaires n’ont pas à payer les frais des frictions entre les deux États. Le retour à une relation normale peut être bénéfique pour les citoyens. En attendant de rompre définitivement avec cette relation inégale avec la France et l’impérialisme en général. Mais pour ça, ce n’est pas Tebboune ou la classe sociale dirigeante actuelle qui ont intérêt ou la capacité de le faire. Les liens et les intérêts de la bourgeoisie algérienne et de ses représentants politiques sont tellement imbriqués avec ceux de ces puissances qu’il serait vain de fonder tout espoir sur eux pour atteindre un tel objectif.
Karim Hamel

Laisser un commentaire