
Si les orientations de Abdelmadjid Tebboune ont connu des changements et des réajustements sur de nombreuses questions depuis son arrivée au pouvoir, il en demeure toutefois une sur laquelle il est resté constant : la répression comme mode de gestion de la vie politique.
L’on recense régulièrement des poursuites, des condamnations et des emprisonnements arbitraires, dans un mépris des faits et de la justice.
Si la répression s’applique auxcitoyens, poursuivis pour des publications sur facebook, et aux militants, emprisonnés pour des opinions critiques des politiques entreprises ; elle semble s’étendre désormais aux avis scientifiques ou académiques portant sur des sujets politiques et économiques.
La parole scientifique et académique désormais dans le viseur
En effet, Djelloul Slama, économiste, a été mis en détention provisoire pour avoir exprimé son avis d’expert, dans une émission sur la chaine El Hayat TV, sur la rentabilité du projet Gara Jebilet et la haute teneur du minerai en phosphore.
On peut supposer ici que c’est le contexte d’énonciation, plus que les arguments eux-mêmes, qui a dérangé. Face à la symphonie et fanfaronnade triomphaliste ayant accompagné le lancement officiel de l’exploitation de la mine Gara Jebilet, le scepticisme de Djelloul Slama sonne aux yeux du pouvoir comme une fausse note qu’il faille réduire au silence.
Pourtant le lancement de l’exploitation d’un tel gisement à Tindouf ; et la réalisation dans des délais courts d’une ligne ferroviaire de 950 Km reliant cette région au Nord constituent déjà des réalisations importantes et bénéfiques, indépendamment des quelques critiques formulées à leur encontre et qui ne sauraient les amoindrir.
De ce fait, ce n’est pas tant la personne de Djelloul Slama qu’on cible mais bien tout débat sur la politique d’exploitation des minerais (phosphate à Bled El Hadba, Zinc à Amizour, fer à Tindouf…) qu’on tente d’étouffer. Ceci s’inscrit dans une campagne de censure de tout débat scientifique et académique.
Ainsi, à l’université de Béjaia, Samir Larabi, doctorant en sociologie, a vu sa thèse sur la question berbère bloquée et a été exclu par un conseil scientifique qu’il convient de qualifier de conseil de censure. Le pouvoir et ses représentants zélés au sein des institutions ne peuvent concevoir qu’une telle démarche ait sa place dans la recherche académique, le MAK étant inscrit comme « organisation terroriste », quand bien même elle apporterait une analyse critique du mouvement, ses origines et son idéologie reposant sur des mythes et des déformations historiques.
De la nécessité d’organiser la solidarité
En dépit de ce climat répressif, de nombreuses voix dans différents secteurs et domaines continuent de faire valoir leur droit à l’expression et aussi à la lutte. Les transporteurs par leur grève ont fait reculer le gouvernement contraint de revoir 13 articles répressifs contenus dans son nouveau code de la route. Les enseignants contractuels qui ont exercé pendant des années ont imposé à leur tutelle, grâce à leur mobilisation, une titularisation sans la condition de passer par une période de formation. Et la campagne de solidarité autour de la libération de Lyes Touati a fini par engranger une première petite victoire à savoir la requalification de l’accusation et l’abandon des poursuites pour « terrorisme » dans le cadre de l’article 87 bis.
Ces exemples, loin d’être exhaustifs, démontrent l’importance des mobilisations et de la solidarité pour enrayer cette machine répressive et aider à la libération de la parole.
Karim Hamel

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