Un nouveau cas de féminicide vient s’ajouter à une liste déjà longue et difficile à établir. La victime, Asma Oumaima, âgée de 16 ans et originaire de la wilaya de Chlef, a été sauvagement assassinée par son père, un homme connu des services de sécurité pour des antécédents de violence. L’année dernière, il avait été condamné à six mois de prison pour des faits de torture commis sur une autre de ses filles.

Selon des témoignages concordants, comme celui de la maman, la jeune fille aurait subi, la veille de son décès, des actes de torture, notamment des brûlures infligées à l’aide d’une cuillère chauffée à blanc. L’adolescente aurait signalé ces violences à l’administration de son établissement scolaire ainsi qu’aux services de police. Malgré sa plainte, elle aurait été renvoyée au domicile familial, une décision qui suscite une vive indignation notamment auprès d’association de défense des droits des femmes et des enfants.

Le drame s’est produit peu après son retour au domicile. D’après les éléments rapportés, Asma Oumaima aurait été mortellement agressée par son père, qui l’aurait frappée à l’aide d’une arme blanche avant de la décapiter. L’homme aurait ensuite tenté de s’en prendre à son épouse et à sa seconde fille, qui ont néanmoins réussi à s’enfuir et à se présenter auprès des autorités.

Ce meurtre a provoqué une vive émotion auprès de l’opinion publique et sur la toile. Il ravive le débat sur la protection des femmes et des mineures face aux violences intrafamiliales. Le Code de la famille, régulièrement critiqué pour le statut juridique qu’il accorde aux femmes, est de nouveau mis en cause. Celui-ci place les femmes, y compris majeures, sous la tutelle d’un homme, ce qui en fait des citoyennes mineures à vie et consacre l’autorité du « tuteur légal » et assimilés sur les personnes mises sous tutelle.

Quand la loi couvre la violence…

Ce féminicide soulève également l’inefficacité, voire l’indifférence, des autorités compétentes en matière de prévention du crime et de protection des personnes à risque, ainsi que la prise en charge des victimes de ce type de violences : absence de structures d’accueil et de mesures de protection comme l’éloignement de l’auteur des faits présumés, manque de formation et de sensibilisation des agents de l’Etat et du personnel médical et psycho-social, négligence des violences dans leur globalités : physiques, psychologiques, matérielles et sexuelles… Ainsi, assurer une protection des femmes nécessite des investissements concrets : construction de lieux d’hébergement, mise en place de cellules d’écoute et la garantie d’une aide juridique gratuite.

En 2015, l’Algérie a adopté une loi criminalisant les violences envers les femmes, notamment intrafamiliales. Elle prévoit toutefois une clause de pardon permettant à un agresseur d’échapper aux poursuites pénales si la victime pardonne et qu’il n’y a pas d’infirmité permanente. Souvent dépendantes financièrement de leurs bourreaux et contraintes de cohabiter avec eux, les victimes ont tendance à retirer leur plainte. Ce qui a poussé de nombreux pays dans le monde, comme les Etats européens, à exiger la poursuite des procédures pénales même en cas de retrait de la plainte.  

En 2025, l’initiative Féminicides Algérie a recensé 37 victimes de féminicide.  Pas moins de 228 femmes ont été victimes de féminicides entre 2019 et 2022. Il ne s’agit toutefois que des « cas » documentés et rapportés par différents médias et qui ont pu faire l’objet de vérification. Ces chiffres sont très loin de refléter la réalité.

Selon la définition adoptée par l’ONU et différents mouvements de défense des droits des femmes, le féminicide est « l’assassinat d’une femme parce que femme », c’est-à-dire l’assassinat d’une femme pour sa condition de femme. Il est motivé par le sentiment de domination ou de mépris envers les femmes et s’inscrit souvent dans un contexte de violences misogynes et de rapports de pouvoir inégaux. Une définition adoptée à l’échelle universelle

Si vous avez besoin d’assistance, adressez-vous au centre d’écoute téléphonique anonyme et Accueil du réseau Wassila/Avife, qui offre une aide multidisciplinaire aux femmes et aux enfants: https://reseauwassila-avife.com/contacts/#page-content

Hada Raïna

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