
Plus de quarante-huit heures après les attaques américaines contre le Venezuela et l’enlèvement de son président, Nicolás Maduro, la diplomatie algérienne demeure étrangement silencieuse. Aucune réaction officielle n’a été émise face à la gravité exceptionnelle de ces faits. Pire encore, les médias publics, tels que l’APS et l’ENTV, ont repris mot pour mot la narration américaine en parlant d’«arrestation» et d’« exfiltration » du président vénézuélien, relayant ainsi une propagande visant à légitimer une violation manifeste de la souveraineté d’un État.
Face à cette situation, une question s’impose : pourquoi ce silence ?
Une première piste de réponse, déjà abordée dans nos précédents articles — « Résolution de l’ONU sur Gaza : plan de paix ou mise sous tutelle impérialiste ? » et « Algérie : la dérive autoritaire du pouvoir » — réside dans le rapprochement de plus en plus évident de l’Algérie avec les États-Unis. Ce repositionnement diplomatique a pour conséquence directe des reniements flagrants des principes qui ont pourtant structuré et guidé la diplomatie algérienne depuis l’indépendance, notamment le principe de l’autodétermination des peuples colonisés, comme l’illustre le vote en faveur de la résolution portée par Trump sur Gaza, ainsi que le principe de non-ingérence dans les affaires internes des États souverains.
Historiquement, la diplomatie algérienne s’est structurée autour de deux courants. Le premier, dit orthodoxe et majoritaire, est attaché au respect des principes fondateurs de la Révolution algérienne, en particulier la lutte pour l’autodétermination des peuples et la défense de leur souveraineté. À côté de celui-ci a toujours existé un courant dit « réaliste », d’obédience libérale, historiquement minoritaire, qu’il s’exprime à l’intérieur de l’État ou en dehors de celui-ci, et qui prône l’abandon de ces principes au nom d’un réalignement stratégique visant à faire de l’Algérie un vassal de l’impérialisme occidental dans la région. Ce courant a notamment été incarné par des figures telles que Nourredine Boukrouh, défenseur d’idées clairement néocoloniales, ainsi que par l’ex-général Mohamed Touati, fervent partisan de l’économie de marché et promoteur d’une « thérapie de choc ».
Dans ses mémoires, Belaïd Abdesselam rapporte que le général Touati et d’autres représentants de cette tendance « considèrent que notre Révolution a fait son temps et que le moment est enfin venu non seulement de se libérer de ses contraintes, mais aussi de prendre leur revanche sur elle et sur tout ce qu’elle a promu ou incarné ».
La seconde question qui se pose est donc la suivante : l’Algérie est-elle en train de succomber aux sirènes du « réalisme » ?
Nous nous efforcerons, dans nos prochains articles, d’analyser cette évolution inquiétante.
AMROUCHE Yidir

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