
Le tribunal de Béjaïa a rendu son verdict aujourd’hui, 12 février, dans l’affaire de Lyes Touati. L’acquittement prononcé a soulagé sa famille, camarades et tous ceux qui avaient exprimé leur indignation suite à son emprisonnement.
La campagne de solidarité organisée en faveur de sa libération a sûrement pesé sur la décision du juge. Car elle a démenti publiquement l’accusation « d’appartenance à une organisation terroriste » retenue contre lui. De ce point de vue c’est une victoire à revendiquer face à l’arbitraire. Et une expérience qui montre la voie pour réclamer la libération des nombreux détenus politiques et d’opinion qui croupissent encore en prison pour des motifs farfelus et infondés.
Le soulagement qui a accompagné l’annonce de l’acquittement ce matin ne doit toutefois pas nous faire oublier l’ampleur de cette injustice, à savoir son emprisonnement durant deux mois, alors qu’il est innocent. Une injustice rendue possible par le recours abusif et quasi systématique à la détention provisoire. Ainsi, des innocents se retrouvent emprisonnés, perdent leur travail en plus du préjudice moral occasionné à leur famille suite aux décisions des juges qui auront banalisé la condamnation à la prison.
En droit algérien, la détention provisoire est définie par la Constitution de 2020 comme une mesure exceptionnelle. Selon le Code de procédure pénale, elle ne peut être ordonnée que si les obligations du contrôle judiciaire sont jugées insuffisantes. Elle a pour but de préserver la sécurité et l’ordre public (risque de récidive ou de représailles…), de garantir la représentation (risque de soustraction) et le bon déroulement de l’instruction (risque de collusion, suppression des preuves, pressions sur les témoins…). Toutefois la réforme de 2025 tend à élargir cette mesure plutôt que de proposer des alternatives à la détention provisoire.
C’est pourquoi il est plus qu’urgent de condamner le recours systématique à la détention provisoire tout en se mobilisant pour reconquérir les libertés démocratiques les plus élémentaires : liberté d’expression, d’organisation, de grève et de manifestation.
Karim Hamel

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